Maire de Bangor et commune unique à Belle-Ile-en-mer

La commune unique et le contexte ?

Comme la variété des fromages et des vins,  le nombre des communes appartient certainement à l’ « exception française ». En 2007, ces collectivités étaient environ 36 700 en métropole au lieu de 8 400 en Allemagne et seulement 238 au Royaume-Uni. Souvent calqué sur celui des paroisses de l’Ancien Régime, le maillage créé par la Révolution en décembre 1789 a été consacré par la IIIème République (mode de désignation des sénateurs, loi de 1884…) et a, grosso modo, perduré jusqu’à nos jours. Sous le Directoire, il y eut une tentative ephémère de création de municipalités de canton. La commune unique à Belle-Ile est un serpent de mer qui dure depuis près de quarante ans (loi dite « Marcellin » du 16 juillet 1971). A l’époque on parlait de fusion de communes. Il faut dire qu’il y a eu certaines bonnes raisons de patienter par le passé. Par contre, cela a laissé quelques temps pour améliorer le principe, encore en cours d’évolution et y réfléchir.

A l’initiative de l’idée ?

Norbert Naudin, maire de Sauzon a proposé aux trois autres maires de l’île de s’associer dans une commune unique sur Belle-Ile-en-mer. Frédéric Le Gars, maire de Le Palais faisait part de cette nouvelle dans Ouest-France du 18 janvier 2015, en se prononçant peut-être un peu vite, pour l’ensemble des quatre communes, en déclarant:

« Norbert Naudin nous propose une union des quatre communes de Belle-Ile pour former une commune unique. Nos quatre communes regarderont ensemble dans la sérénité et en toute responsabilité. Les populations de nos quatre communes pourront exprimer leur opinion au cours d’une consultation populaire. Cette année 2015 sera décisive ; ce sera celle des choix pour l’avenir. Étudions-les sérieusement ».

Division et conséquences insulaires ?

Par contre, nous avons vu les limites d’une « tête quadricéphale » avec la perte du canton de Belle-Ile pour les prochaines élections départementales (cantonales) et les divisions qui se sont révélées, ou plutôt amplifiées durant la préparation de la dernière délégation de Service Public (DSP) du Conseil Général du Morbihan pour les transports maritimes des îles du large. Il nous a semblé intéressant de vous proposer les contre-arguments d’une maire  farouchement opposée, à cette heure, à l’idée d’une commune unique.

Les contre-arguments de la maire de Bangor ?

Comme pour la citation apocryphe attribuée à Voltaire: « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire»,  nous ne manquons pas à la suite de vous faire partager ses propos dans leur intégralité. Annaïck Huchet, maire  « sans étiquette » de Bangor précisait à la fin de son édito dans le dernier bulletin municipal numéro 2 de février 2015:

« …Dans une période sensible comme celle qu’ouvre le projet de réforme des collectivités, veillons à organiser un débat démocratique, qui permette à tous les citoyens de comprendre les enjeux, de se les approprier, pour que Belle-île en sorte renforcée. Nous vous invitons à une réunion d’échanges avec vos élus le dimanche 8 mars 2015 à 11 h 30, à la salle des fêtes de Bangor ».

Nous avons répondu présents à cette invitation et nous vous proposons à la suite la partie de son intervention sur la commune unique, filmée en vidéo par Philippe de Belle-île TV. Même si initialement, cette invitation n’avaient été adressé qu’aux Bangorins via le bulletin municipal, sans véritable publicité dans les trois autres communes, la salle était comble, bien au-delà de cette seule commune, montrant l’intérêt suscité par le sujet:

Commune-nouvelle-belle-ile-bangor-2015 de belleiletv sur Vimeo.

Nos commentaires en général…

A notre avis, il est dommage que la présentation proposée ait été aussi partiale, à charge et sans énoncer les points positifs comme ceux négatifs.  La fameuse thèse et antithèse aurait permis à tout à chacun de se forger sa propre opinion. Il y a aussi quelques contre-vérités que nous ne manquerons pas de développer ultérieurement. Nous partageons par contre le point de vue qu’une commune unique, même si elle offre une surface financière plus importante, ne doit pas exonérer la collectivité d’une meilleure rationalisation et gestion des coûts. A écouter la maire, la réduction des coûts semble d’ailleurs le seul grand projet de l’équipe municipale de Bangor, ce qui nous laisse un peu sur notre faim comme citoyens.

Faire des économies….et les projets d’avenir ?

A ce sujet, l’intervention d’un concitoyen dans la salle a attiré toute notre attention (voir vidéo à 29’50 » ):

« Je voudrai dire quelque chose. Le problème de Belle-Ile, c’est que l’on ne parle que d’économies… Quels sont les projets pour ramener de l’argent sur Belle-Ile, hors tourisme ? Il y a quand même des emplois dans les entreprises qui peuvent être développés. Il y des îles qui se lancent sur l’éolien, le solaire. Il y a plein de choses, mais il n’y a aucun projet sur Belle-Ile. Faire la chasse aux subventions c’est bien, mais essayer de s’en passer, pour moi, c’est mieux ».

Mme la maire de Bangor, lui a répondu (voir vidéo à 30’22 » ):

 » Tout à fait, c’est nécessaire. C’est nécessaire. Et c’est pourquoi j’insistais sur la notion de projet commun. Alors, il faut la volonté d’avancer ensemble et d’avoir des projets communs. Mais directement, c’est vrai que sur Bangor, on n’a pas de proposition…. On démarre en fait. On démarre, moins d’un an…Heu, c’est allé très très vite…Heu, j’avoue qu’il y a eu la disparition du canton…Heu, on a continué aussi avec le renouvellement de la délégation de service public sur les transports maritimes qui a été un épisode douloureux, parce que, il faut savoir que ce mouvement a été manipulé…« .

La nouvelle équipe municipale de Bangor a été élu en mars 2014, mais Mme la maire est conseillère municipale de Bangor depuis 2001, soit depuis près de 15 ans. Ce « laps de temps généreux » aurait dû être, à notre sens, propice à la réflexion, à la prise de recul, pour bâtir de nouveaux projets. Ne la blâmons pas, en effet, certains de ses adjoints sont également élus depuis de nombreuses années. Quant aux soi-disants manipulés, ils apprécieront le qualificatif à la vue de la gestion de cette crise par la maire de Bangor dans l’intérêt général, plus spécifiquement des insulaires, de leurs enfants et de leur avenir.

La maire de Bangor précise (voir vidéo à 28’02 »):

« …Ce n’est pas le moment que les habitants à l’année partent ».

Bien évidemment nous partageons ce souhait. Par contre, l’actuelle délégation de service public (DSP) des transports maritimes qui ruine l’économie et le tourisme dans les îles, comme le manque de projet d’avenir permettront-ils de pérenniser tous nos emplois saisonniers ou à l’année ? Nous en doutons, même si nous luttons pour vivre ou sur(vivre) dans notre île. D’ailleurs le départ d’un certain nombre d’habitants à l’année en est la malheureuse illustration. Sans perspective d’avenir, certains ont déjà été obligés de partir, sans compter certains résidents secondaires. Parmi ces derniers, tous ne sont pas des nantis. Loin de là. Certains ne peuvent plus se payer « le luxe » qu’est devenue Belle-Ile au fil des ans et plus particulièrement depuis la dernière DSP. C’est bien dans ce contexte qu’il faudrait redoubler d’effort et faire preuve d’inventivité pour développer l’emploi et l’économie locale  et donc investir dans des projets d’avenir. Mais sans projet de développement pour l’avenir… administrer se résume alors à la gestion du quotidien et à vivre au jour le jour, comme on dit familièrement.

Comme disait Emile de Girardin, journaliste et homme politique français (1806-1881): «Gouverner c’est prévoir». Nous pourrions dire: «Administrer une commune c’est aussi prévoir et investir dans l’avenir».

Peu dépenser, veut-il dire bien gérer ?

Peu dépenser, ne veut pas dire nécessairement bien gérer.   Par exemple, les investissements qui développent concrètement l’emploi, l’économie locale et sociale, la santé…sont-ils inutiles ? On peut même réduire certaines dépenses dans certains postes budgétaires et gaspiller de l’argent dans d’autres, tout en ayant un budget à l’équilibre. Sans investissement réfléchi et concerté, il ne peut y avoir de développement, avec au bout du chemin, le risque du déclin de la commune. C’est encore plus vrai en cas de disette budgétaire et quand l’Etat se désengage financièrement, en versant moins d’aides publiques. Pour cette raison, nous partageons le point de vue de l’intervenant.

Au passage, la maire présente l’achat par la commune de Bangor  d’une épareuse (109 800 euros HT) comme une mesure d’économie pour entretenir sa voirie (voir vidéo à 27’24 ») ! A cet achat, il faut ajouter l’entretien, l’amortissement et le personnel pour la conduire.
 A titre d’exemple, cet achat coûteux pour une petite commune comme Bangor n’aurait-il pas pu être mutualisé au niveau des quatre communes via la communauté de communes (CCBI) ou dans le cadre d’une commune unique ?

C’est le même principe que le covoiturage. A quoi bon aller seul dans sa voiture au cinéma REX de Le Palais depuis Bangor quand on sait que ses voisins comptent y aller aussi ? N’est-il pas plus rationnel, convivial, économe et écoresponsable de leur proposer de faire « voiture commune » ? Pour finir, même si les incitations financières de l’Etat ne sont que provisoires (3 ans), ne sont-elles pas intéressantes à saisir, tant qu’elles existent ? Cela ne veut bien évidemment pas dire qu’il ne faut pas réfléchir à une meilleure gestion pour équilibrer le budget.

Avec une commune unique, Belle-île pourrait devenir solaro-éolienne

Il semble que certains porteurs d’idées ou de projets existent bel et bien pour Belle-Ile. Le contraire nous aurait étonné. Suite à la publication de ce présent article, Olivier Daniélo, que nos visiteurs(ses) assidu(e)s connaissent bien, a publié un article sur son blog Objectif Terre dont nous reprenons un extrait:

« Vouloir conserver quatre communes à Belle-île relève vraiment d’une mentalité moyenâgeuse. Ma petite chapelle ! »….La Maire de Bangor (ma cousine germaine pour la petite histoire, cousine idéologiquement très liée à l’ancien Maire de Locmaria, mon oncle) a répondu: « Sur Bangor on a pas de propositions« . C’est inexact car j’ai envoyé dans la seconde moitié de 2014 par courrier postal et par voie électronique un projet solaro-éolien à l’ensemble des élus de l’île (Belle-Ile)…. J’ai d’ailleurs mis en relation la Maire de Bangor avec un responsable du groupe Neoen, le managing director de la centrale solaire PV de 300 MW actuellement en construction près de Bordeaux, la plus grande d’Europe, qui est d’ailleurs un lecteur (et contributeur occasionnel) du présent blog. La Maire de Bangor avait répondu par mail: « Merci ! Intéressant mais à Belle-Ile il nous manque juste les moyens… financiers pour de tels projets !. Je lui avais expliqué ensuite par téléphone que les projets solaires rapportent de l’argent aux communes grâce à l’IFER, et que ses craintes étaient donc infondées… ».

Nous vous invitons à lire l’intégralité de son article sur son blog: S’il n’y avait qu’une seule commune à Belle-île et non 4, alors l’île pourrait devenir solaro-éolienne.

NDLR: IFER: Imposition Forfaitaire sur les Entreprises de Réseaux

Nous vous invitons à lire notre article en complément:
Mais qui se cache derrière le blog Le Kiosque Jaune ?, avec les deux réactions d’Annaïck Huchet, maire de Bangor.

Nos sources:

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