Vote caricatural, pression de groupe et déni de démocratie

Photo de Georges Alda. Une grille sépare les attentes des populations et les choix de la majorité départementale...

Photo de Georges Alda. Une grille sépare les attentes des populations et les choix de la majorité départementale…

Filtrage du public lors de la session du 18 novembre 2014 ou insulaires indésirables ?

Les séances de l’assemblée délibérante du département  sont normalement ouvertes au public, sauf en cas de huis clos décidé par le conseil ou en cas d’agitation, le président pouvant exercer son pouvoir de « police des séances » et restreindre l’accès du public aux débats. Ni huis clos n’a été décidé par le conseil et aucun cas d’agitation n’a été noté en dehors de celle du président face aux sujets qui fâchent. Par contre, ce mardi 18 novembre 2014, une certaine parano de circonstance semblait s’être emparée du personnel à l’entrée de l’hémicycle, avec un filtrage des entrées. A titre d’exemple, M. Frédéric Le Gars pourtant maire de Le Palais et président de la Communauté de communes de Belle-île-en-mer s’est vu refusé l’entrée dans l’hémicycle, pour assister aux délibérations du Conseil général du Morbihan.
Selon, le groupe de l’opposition « Morbihan Ensemble », M. François Goulard président du Conseil général du Morbihan aurait donné l’ordre à ses agents  d’occuper les places réservées au public, pour pouvoir refuser l’entrée des citoyens et des représentants des iliens dans l’hémicycle lors de l’assemblée plénière du Conseil général !

Le vote de la DSP tardif n’est pas neutre

Le groupe de l’opposition « Morbihan Ensemble » a demandé que le vote de la DSP soit voté en début d’assemblée plénière du Conseil général. M. François Goulard a alors manifesté sa volonté de ne pas modifier le déroulement de l’ordre du jour de la session.

Par contre, le début de session a donné l’occasion au président du Conseil général du Morbihan de faire face à d’autres contrariétés. Ce fut par exemple le cas quand la grève en cours des agents du département fut évoquée. En effet, des ouvriers du centre d’entretien de matériels roulants du Conseil général du Morbihan protestent contre les conditions d’intégration aux services du conseil général. Ils annoncent une grève illimitée. Ils réclament juste « une intégration dans les services du conseil général à égalité de traitement avec les autres agents de la collectivité territoriale. » Cet épisode illustré par quelques « poussées colériques » semble caractériser la piètre intelligence relationnelle et qualité du dialogue social du président du Conseil général du Morbihan. Les insulaires ne semblent pas avoir l’exclusivité du mépris du président François Goulard.

Le vote en fin d’assemblée délibérante n’est pas neutre. Certains diraient: « repousser aux calendes grecques ou « à la Saint-glinglin » ou quand les poules auront des dents. Ce symptôme de procrastination du président de séance pourrait caractériser le peu d’intérêt qu’il porte au sujet ou tenterait-il de minimiser son importance, ou peut-être souhaiterait-il limiter les « reviviscences traumatiques » liées à la couleur jaune faisant suite à des semaines de manifestations intenses et à une couverture médiatique palpitante ? Lui seul pourrait répondre. Après avoir subis de longs discours, les corps sont plus allongés sur les fauteuils, l’attention est également déclinante, voir l’ennui et l’épuisement gagnent. En fin de partie, l’énergie des débats est souvent limitée et l’impulsivité réduite. La monotonie des discours  peut parfois même favoriser l’apnée du sommeil. De plus, les journalistes et le public se font plus rares aux heures tardives. Pour terminer, cela limite le risque d’avoir des insulaires présents car ils doivent prendre le bateau pour rentrer chez eux.

Venons-en au vote de la DSP

Suite à la présentation de la délégation de service (DSP) concernant la desserte des îles du large du Morbihan sur laquelle nous reviendrons dans quelques jours, Mme Denise Guillaume, conseillère départementale du canton de Groix et membre de la majorité départementale intervient:

« Mes chers collègues. La desserte des îles relève de la compétence du Conseil général. Les insularités utilisent ce service public qui est également financé par la solidarité  de tous les contribuables morbihannais. Je rappelle au passage que la collectivité départementale ne reçoit aucune aide de l’Etat ou d’une autre collectivité, pour assurer cette compétence qui lui a été confié par la loi. Depuis fin septembre, sur nos îles, sur le continent, les usagers des différentes îles maritimes nous parlent de leur mécontentement en menant des actions, en demandant un moratoire et le report d’un an de l’actuelle DSP. Ils nous disent tous leur attachement aux liens familial et social, leur inquiétude quant au devenir économique des îles. Les craintes évoquées lors des rencontres avec les conseillers généraux sont les hausses tarifaires importantes des six dernières années d’où la méfiance de voir le même scénario dans les années à venir dans un contexte économique incertain qui se dégrade toujours plus. Sur les îles la hausse de la tarification de certaines catégories d’usagers ainsi que celles des tarifs marchandises suscitent la crainte de conséquences sur l’emploi et le devenir des îles. A cela s’ajoute également la forte inquiétude liée à l’activité touristique qui génère des emplois saisonniers vitaux pour de nombreuses familles. Car nous le savons tous, le revenu moyen, en particulier sur l’île de Groix est le moins élevé du Morbihan. La peur du déclassement et de devoir quitter l’île est souvent évoqué. Si un bon nombre de personnes reconnaissent des avancées ainsi que l’augmentation de la contribution financière du département, l’angoisse de ne pas sauvegarder leur activité est palpable chez des petits artisans et des commerçants. Dans le contexte actuel, la fragilité économique des îles est réelle. M. le président, chers collègues, îlienne, je connais la vie des îles. Ayant conscience des contraintes légales et financières  de la collectivité qui consacrera plus de 5 millions d’euros. Elue départementale, je suis aussi la représentante de la population de  l’île de Groix dans cet hémicycle. Aujourd’hui, la population des îles est entrée en sédition ou a fomenté une sédition. Il y a différentes façons de dire son mécontentement ou son indignation. Mais ce qui consiste à salir, à humilier les personnes n’est sûrement pas la meilleure action dans la négociation. A ceux qui ont écrit que ma voix était manquante dans ce conflit, je réponds que j’ai agi selon la procédure. Je ne suis pas membre de la commission de négociation. Et que, comme mes collègues, ici présents, j’ai pris connaissance des éléments concernant cette future DSP dans les délais réglementaires avant la session de ce jour. Enfin, pour clore mon propos je souhaite également exprimer mon sentiment concernant certains agissements en disant que l’insulte ou la calomnie sied à ceux qui la créée ou qui y croient. M. le président pour des raisons évidentes, je vous dis que je ne voterai pas cette DSP. »

M. François Goulard prend alors la parole:

« Je suis sensible évidemment à ce que vient de dire Denise Guillaume et je comprends sa situation. Tu as eu des mots très sobres pour décrire ce que tu vis du fait de quelques-uns. Et un certain nombre d’agissements sont parfaitement répréhensibles. Je me bornerai à dire que, il y a eu beaucoup de gens qui se sont très mal conduits dans cette affaire, notamment à Groix… »

Quelques longues minutes plus tard, le groupe de l’opposition « Morbihan Ensemble » demande un vote à bulletin secret.

M. François Goulard répond:

Le vote à bulletin secret n’est prévu par notre règlement que lorsque l’on désigne des représentants, pour des personnes, en aucun cas sur des délibérations comme celle-ci. Ce n’est pas conforme. De plus, je pense que sur un sujet comme celui-là, chacun assume ses positions. Moi, je voudrais vous dire, à nos collègues du groupe d’opposition que, c’est vrai que c’est relativement tentant quand on est dans l’opposition via des gens qui protestent de donner raison à ceux qui protestent. Réfléchissez… A un moment, il faut décider, il faut trancher, sinon  rien n’avance. Et on en voit les résultats. On voit les résultats. Nous sommes un pays qui marche au ralenti. En particulier, parce qu’il y a ces attitudes-là. Parce que  quels que soient les efforts que nous faisons, quelle que soit l’écoute. On pourra toujours dire que l’on n’a pas écouté tout le monde. Moi, j’ai rencontré chaque maire au moins trois fois. Pour des entretiens qui ont duré pour certains d’entre eux plusieurs heures. Tous les documents qui pouvaient vous être transmis l’ont été. Vous avez lu dans le rapport le nombre de réunions de consultations préalables à la présentation de ce dossier au Conseil général. Euh, je veux dire que, je trouve que dans cette idée de reporter la décision, alors même qu’aucune piste n’est avancée. Pour résoudre des problèmes que je pense nous avons exposés clairement. Ca s’appelle se défiler. Ca s’appelle ne pas affronter les réalités. Ca s’appelle refuser les difficultés. Et ça, je pense que notre majorité est unanime pour dire que ça n’est pas pour nous quelque chose acceptable. Il y a des moments dans la vie publique où l’on doit prendre des décisions qui ne font pas que des heureux. A la limite pour un des habitants des îles, c’est l’ensemble du département qui paie… Je vous rappelle les états généraux à Belle-ile où on nous demandait plus de bateaux et des tarifs plus bas pour tout le monde. Oui, mais, on n’est bien avancé avec cela. Comment fait-on ? Certains étaient intéressants. Certains étaient sincères. Certains faisaient part de réalités vécues. Et je n’ai pas entendu. Il y aurait une amorce de solution qui avec le temps, pour être mises au point, mais je n’en aperçois aucune. Et aucune n’a été avancée ce soir. Et par conséquent, nous avons un devoir, ne serait-ce que parce que, euh, dans le service public, il y a un principe essentiel, cela s’appelle la continuité. Nous avons devoir, nous, d’assurer la continuité du service public à partir du 1er janvier 2015. Euh, je regrette la position du groupe d’opposition. Et donc, je vais maintenant interroger. Oui. »

Réaction de l’opposition départementale:

« Monsieur le président, je pense que vous ne pouvez pas dire que parce que nous ne votons pas comme vous, nous manquons de responsabilité. Nous avons rencontré. Nous avons consulté. Nous avons étudié ce bordereau. Nous avons débattu entre nous. Et c’est en fait, en toute responsabilité, que nous prenons cette position ».

Le président, M. François Goulard annonce avec une certaine solennité:

« Je mets ce projet de délibération au vote. Qui est pour ? Qui est contre ? La délibération… qui s’abstient, pardon ? La délibération est adoptée. Je vous remercie ».

L’ensemble du groupe de l’opposition départementale « Morbihan Ensemble » composé de 18 conseillers départementaux ont voté CONTRE la DSP:

  • M. Yves BRIEN (Belle-Ile-en-mer),
  • Mme Tiphaine BIBARD (Guer),
  • Mme Elisabeth CHEVALIER (Vannes Est),
  • M. Christian DERRIEN (Gourin),
  • Mme Bernadette DESJARDINS (Pluvigner),
  • M. André GALL (Vannes Ouest),
  • M. François HERVIEUX (Rochefort-en-Terre),
  • M. Emile JETAIN (Lorient Nord),
  • Mme Ghislaine LANGLET (Le Faouët),
  • M. Henri LE DORZE (Pontivy),
  • M. Loïc LE MEUR (Ploemeur),
  • Mme Elodie LE ROHELLEC (Elven),
  • M. Yves LENORMAND (Lorient Sud),
  • M. Serge MOELO (Cléguerec),
  • M. Norbert METAIRIE (Lorient Centre),
  • M. Gérard PERRON (Hennebont),
  • M. Guénaël ROBIN (Saint-Jean-Brévelay),
  • Mme Thérèse THIERY (Lanester).

L’intervention de Mme Denise Guillaume (Groix) et son abstention sont caricaturales de la pression et du clivage liés à l’appartenance à un groupe politique. Quand M. François Goulard précise: « De plus, je pense que sur un sujet comme celui-là, chacun assume ses positions ». Dans ce domaine, que penser d’une abstention ? De notre point de vue, dans cette configuration on ne vote plus « en son âme et conscience » mais dans la lignée de sa famille politique. Les « jeux étaient donc faits » avec un tel vote ou « mimétisme comportemental » qui ne favorise pas les choix et les aspirations individuels sous linfluence sociale ou la pression sociale. Cette influence exercée par un individu ou un groupe sur chacun de ses membres dont le résultat est d’imposer des normes dominantes en matière d’attitude et de comportement. Dans notre cas, c’est en matière de vote.  Un comportement de déviance sous le regard du groupe demande du courage et peut être lourd de conséquences sociales, avec notamment un rejet de son auteur. 

Tous les 22 collègues de Mme Guillaume et membre de la majorité départementale ont suivi le désir de M. François Goulard, le président du Conseil Général du Morbihan et ont donc tous voté POUR la délégation de service public (DSP):

  • Mme Yvette ANNEE (Allaire),
  • M. Yves BLEUNVEN (Grand Champ),
  • M. Jo BROHAN (Muzillac),
  • Mme Yvette LOUER (Questembert),
  • M. Yannick CHESNAIS (La Gacilly),
  • M. Alain GUIHARD (La Roche-Bernard),
  • M. Guy de KERSABIEC (Mauron),
  • M. Jean- Rémy KERVARREC (Plouay)
  • M. David LAPPARTIENT (Sarzeau),
  • Mme Marie-Jo LE BRETON (Auray),
  • M. Patrick LE DIFFON (Ploërmel),
  • M. Jo LEGAL (Malestroit),
  • M. Noel LE LOIR (Baud),
  • M. Gérard LE TREQUESSER (Belz),
  • M. Gérard LORGEOUX (Locminé),
  • M. Jacques LE LUDEC (Port-Louis),
  • M. Pierrik NEVANNEN (Pont-Scorff ),
  • M. Gérard PIERRE (Quiberon),
  • M. Pierre LE TESTE (Rohan),
  • M. Michel PICHARD (La Trinité Porhoet),
  • M. Joseph SAMSON (Josselin),
  • M. Jean-Jacques TROMILIN (Guémené-sur-Scorff ).

Copie PDF du bordereau n°5 du vote du renouvellement la DSP: Bordereau05

Après un vote caricatural, un vote démocratique utile ?

Lors des prochaines élections cantonnales de mars 2015, pour renouveler les différents conseillers généraux (départementaux)  du Morbihan, vous pourrez  au moins voter en connaissance de cause, en réalisant votre devoir de citoyen(e). Le vote peut être utile, au delà des clivages politiques, surtout dans le domaine départemental. Il peut notamment servir de « vote sanction » et permettre à certains de nos conseillers généraux de prendre une retraite politique bien méritée 😉 A titre d’exemple, M. Gérard Pierre (canton de Quiberon), Mme Marie-Jo Le Breton (canton Auray) ont déjà manifesté leur intention de candidater à leur propre succession. A chacun(e) d’assumer ses responsabilités que cela soit dans les urnes ou devant ses électeurs. N’hésitez pas non plus à leur faire de la publicité, pour que leur exploit soit connu de tous les morbihannais(ses). Un tel déni de démocratie mérite une attention toute particulière.  Pour finir, pour pouvoir voter, n’oubliez pas de vous inscrire sur les listes électorales auprès de la mairie de votre commune avant le 31 décembre prochain, si cela n’est pas déjà fait.

Lire aussi:

NDLR:
M. François Goulard  est l’actuel président du Conseil Général du Morbihan et Conseiller départemental du canton de Vannes centre depuis le premier trimestre 2011.

Avec le nouveau redécoupage des cantons, Belle-Ile et Groix perdront leurs propres cantons, donc leur spécificité insulaire, en étant rattachés respectivement aux cantons de Quiberon (dont M. Gérard Pierre est l’actuel conseiller général) et à celui de Lorient 2.

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