Cirés jaunes, indignés, non-violents et légitimes ?

5363846Indignez-vous…

Au moment, où certains semblent vouloir se radicaliser  face à l’indifférence d’un président du Conseil général du Morbihan et à son arrêt des discussions, la voie tracée de l’indignation citoyenne, non-violente semble bonne conseillère.

L’appel des treize membres du Conseil National de La Résistance (CNR) comme les époux  Raymond et Lucie Aubrac (de leur vrai nom: Raymond et Lucie Samuel)  me semble tout indiqué à rappeler. N’oublions pas non plus, Stéphane Hessel, membre également du CNR et artisan d’une fabuleuse prise de conscience citoyenne et non-violente.

En 2010, Stéphane Hessel publie son manifeste Indignez-vous ! chez les éditions Indigènes (3 euros), dans lequel il encourage les générations futures à conserver un pouvoir d’indignation.  « La pire des attitudes est l’indifférence » écrivait-il. Il y dénonce le système économique actuel fondé sur le profit individuel et propose un partage des richesses plus équitable. Il prône aussi l’insurrection pacifique et l’espérance.

Son petit livre de 30 pages, mais grand par le sens qu’il porte, s’est vendu à plus de quatre millions d’exemplaires dans près de 100 pays. Il met en évidence et amplifie les mouvements des indignés qui ont émergé en Espagne, Grèce et États-Unis. L’intérêt suscité par cet ouvrage et son retentissement amènent Stéphane Hessel à approfondir son propos dans deux publications complémentaires : Engagez-vous ! et Le Chemin de l’espérance.

Créer, c’est résister, résister, c’est créer…

lesjoursheureuxLe Conseil National de La Résistance (CNR) s’est réuni en grand secret, en pleine occupation nazie et a adopté un programmeLes jours heureux, le 15 mars 1944. Il s’agissait de préparer un monde meilleur, une fois la France libérée, sur des valeurs de solidarité comme pouvait être le fondement de la Résistance, sur laquelle reposerait une véritable démocratie économique et sociale. De nombreuses avancées sociales sont issues de ce programme fondateur: sécurité sociale, retraites, nationalisation des sources d’énergie comme le gaz, l’électricité, des charbonnages, des transports publics…la liberté d’association, de réunion et de manifestation, le respect de la personne humaine ; l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi. Les ordonnances sur la presse dès 1944 avaient également pour but d’instaurer la liberté et l’indépendance de la presse à l’égard de l’Etat et face aux puissances de l’argent et des influences étrangères.

lesjoursheureux.net

Dans l’esprit de ces grands résistants qui avaient souffert de la barbarie nazie et vu disparaître beaucoup des leurs, l’objectif était de privilégier l’intérêt général et non les intérêts particuliers. De même, le monde du travail devait primer sur le monde de l’argent. Et comme le disait  Stéphane Hessel: « On ose nous dire  que l’État ne peut plus assurer les coûts des mesures citoyennes et du service public. Mais comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? Sinon parce que le pouvoir de l’argent, tellement combattu par la Résistance Française, n’a jamais été aussi grand, insolent, égoïste, avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l’État ». Nous assistons depuis les Trente Glorieuses, à la « casse » des services publics (dont les transports publics et la notion même de service public), de l’assurance-maladie, des retraites et des principaux acquis sociaux de l’après-guerre, avec comme corollaire les privatisations des transports publics, des autoroutes… dans le but de nourrir l’appétit toujours plus grand d’intérêts financiers particuliers et d’actionnaires.

Le motif de base de la Résistance des forces combattantes de la France libre était l’indignation.

L’indifférence (comme celle de M. François Goulard) est la pire des attitudes. Même si nous sommes aujourd’hui dans une démocratie, libérée de la barbarie nazie, il y a des choses insupportables qui méritent de s’indigner et de se mobiliser.  La situation que nous connaissons en est une. Comme disait Stéphane Hessel: « Je vous souhaite à tous, à chacun d’entre vous, d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux ». Nous avons donc le nôtre avec la prochaine délégation de service public (DSP), que l’on essaie de nous imposer, sans concertation, privilégiant des intérêts financiers particuliers.

A l’occasion du soixantième anniversaire du programme du Conseil National de la Résistance (CNR), des vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France libre (1940-1945) ont appelé à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous vous proposons à la suite d’entendre ou de réécouter cet appel en vidéo:

La légitimité des cirés jaunes ?

Selon la doctrine officielle des Etats qui se disent démocratiques, chaque citoyen, par le fait qu’il a la possibilité de voter en toute liberté, devrait ensuite se soumettre en tout à la décision du suffrage universel. Pourtant,  » la loi de la majorité n’a rien à dire là où la conscience doit se prononcer  » (Gandhi). Ce serait démissionner de nos propres responsabilités que de nous en remettre passivement à la loi de la majorité. Celui qui refuse d’obéir ne se désolidarise pas de la collectivité politique à laquelle il appartient : il ne refuse pas d’être solidaire, il refuse d’être complice.

Comme disait Sartre: « Vous êtes responsables en tant qu’individus ».

IMG_1342Le premier temps d’une action non-violente est de prendre la parole afin de dénoncer l’inacceptable. C’est exactement la démarche entreprise par le collectif des « cirés jaunes ». La résignation est faite essentiellement de silence et la première complicité avec l’injustice est de se taire devant elle. Dès lors, la première action de non-coopération avec une injustice est de rompre avec la majorité silencieuse en prenant la parole sur la place publique. Cette prise de parole est déjà une prise de pouvoir. Elle brise le monopole de la parole que les puissants tendent à acquérir. Car ce qui fait la force des pouvoirs établis, c’est le silence des majorités.

Bien évidemment, certains de nos élus voient d’un mauvais oeil que les citoyens reprennent une partie de leur pouvoir et que la souveraineté populaire  leurs échappe. C’est un peu comme certains vieux médecins qui ont du mal à accepter les questions de leurs patients. Leur savoir  médical leur donne un certain pouvoir sur leurs semblables, en relation avec leur santé et parfois vie. Dans le village, au même titre que le maire, le curé, l’instituteur et le notaire, le médecin faisait partie des notables. Sa parole était presqu’une parole d’évangile. Aujourd’hui avec Internet les gens ont plus facilement accès au savoir et s’intéressent aussi à leur santé…Notre santé, nous n’en avons qu’une. De plus, une majorité de nos contemporains souhaitent être au minimum informés, voir impliqués dans les choix qui concernent leur santé. C’est un peu la même situation pour les élus. Les élus sont supposés remplir parfaitement leur fonction de représentants des citoyens, c’est-à-dire, être une parfaite représentation du peuple et, donc, la courroie de transmission de la volonté populaire. La souveraineté du peuple serait conservée par la représentation et la délégation permanente et définitive des pouvoirs conférer à ses représentants ? Nous voyons bien aujourd’hui les limites de ce principe. Comme le patient, le citoyen veut légitimement s’impliquer dans des décisions qui peuvent être lourdes de conséquences dans sa vie de tous les jours.

La non-violence

Sartre  écrivait en 1947 : « Je reconnais que la violence sous quelque forme qu’elle se manifeste est un échec. Mais c’est un échec inévitable parce que nous sommes dans un univers de violence. Et s’il est vrai que le recours à la violence reste la violence qui risque de la perpétuer, il est vrai aussi c’est l’unique moyen de la faire cesser » À quoi, Stéphane Hessel ajoutait:  « …La non-violence est un moyen plus sûr de la faire cesser. Il faut comprendre que la violence tourne le dos à l’espoir… Il faut lui préférer l’espérance, l’espérance de la non-violence. C’est le chemin que nous devons apprendre à suivre. Je crois effectivement que la non-violence détient l’avenir. La non-violence détient le progrès de l’humanité… »

L’action non-violente constitue un défi aux pouvoirs établis. Recourir à la violence, c’est offrir à ses adversaires les arguments dont ils ont besoin pour justifier leur propre violence. Le recours aux méthodes de l’action non-violente opère un renversement des rôles : ceux qui utilisent la violence sont acculés à une position défensive car ils doivent justifier leur propre violence devant l’opinion publique qui leur demande des comptes.

Ainsi la stratégie de l’action non-violente s’efforce-t-elle de mettre en oeuvre la force subversive de la parole. Elle vise à créer un débat public contradictoire qui mette à jour les sophismes et les mensonges des discours qui cautionnent et justifient le désordre établi.

Dans une stratégie non-violente, la parole et l’action se renforcent l’une l’autre, l’action soulignant la signification de la parole et réciproquement. Au plus fort de la lutte, on peut dire encore que la parole devient action et que l’action devient parole.

De même, l’humour est également l’une des meilleures protections contre la haine et la violence. Il nous dispense de mépriser inutilement nos adversaires. N’hésitons pas à être inventifs sur le sujet 😉
Par conséquent, si vous souhaitez vous défouler ou « vider votre sac », faîtes du sport, tapez sur un punching-ball, jouez aux fléchettes sur la photo de votre meilleur ennemi, criez un bon coup…Mais le type de mouvement citoyen que connaissons est trop sérieux pour tomber dans la facilité et la faiblesse que constitue la violence. En effet des  actes de violence outre leurs conséquences humaines et matérielles,  peuvent faire capoter en quelques secondes tout ce que nous avons construit ensemble au fil des semaines passées et desservir au final notre cause.

L’exemple Islandais: une révolution citoyenne pacifique et utopique ?

En Islande, les citoyens n’ont pas hésité à changer leur monde avec la « révolution pacifique dite des « casseroles ».

  •  Le peuple a fait démissionner un gouvernement au complet,
  • Les principales banques ont été nationalisées et il a été décidé de ne pas payer la dette qu’elles avaient contractée auprès de banques de Grande-Bretagne et des Pays-bas, dette générée par leur mauvaise politique financière;
  • Une assemblée populaire a été créée pour réécrire la constitution.

Et tout cela, pacifiquement.
Brièvement, voici quelques faits :

  • 2008 : La principale banque du pays est nationalisée, La monnaie s’effondre, la bourse suspend son activité. Le pays est en banqueroute;
  • 2009 : Les protestations citoyennes contre le Parlement font que des élections anticipées sont convoquées et qu’elles provoquent la démission du Premier Ministre et, en bloc, de tout le gouvernement. La situation économique désastreuse du pays persiste. Par le biais d’une loi, il est proposé à la Grande Bretagne et aux Pays-bas le remboursement de la dette par le paiement de 3.500 millions d’euros, montant que paieront mensuellement toutes les familles islandaises pendant les 15 prochaines années à un taux d’intérêt de 5%;
  • 2010 : le peuple descend à nouveau dans la rue et demande que la loi soit soumise à référendum;
  • En janvier 2010: Le Président refuse de ratifier cette loi et annonce qu’il y aura une consultation populaire;
  • En mars 2010: Le référendum a lieu et le NON au paiement de la dette remporte 93% des voix. Pendant ce temps, le gouvernement a entamé une investigation pour régler juridiquement les responsabilités de la crise.

Dans ce contexte de crise, une assemblée est élue pour rédiger une nouvelle constitution qui reprend les leçons apprises de la crise et qui se substitue à l’actuelle qui est une copie de la constitution danoise.
Pour ce faire, on a recours directement au peuple souverain. On élit 25 citoyens sans filiation politique parmi les 522 qui se sont présentés aux candidatures. Pour cela, il faut être majeur et recueillir le soutien de 30 personnes.
L’assemblée constituante commence ses travaux en février 2011 afin de présenter, en partant des avis collectés dans les diverses assemblées qui ont eu lieu dans tout le pays, un projet de Grande Charte…
Le peuple islandais a su donner une « vraie leçon » de démocratie à l’Europe et au reste du monde.

M. François Goulard, président du Conseil général du Morbihan, a tenté de nous diviser entre insulaires et résidents secondaires, avec son courrier et sa nouvelle grille tarifaire.
Comme nous le disons souvent: l’union fait la force.

Sources:

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